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Michel Kayoya
De 1934 à 1972
Catholique
Burundi
Michel Kayoya est né le 8 décembre en 1943 à Kibumbu. De là il passe au Petit Séminaire de Mugera (1948-1955), puis il entre
au Grand Séminaire de Burasira et y fait ses études de philosophie
(1955-1958). Il est ensuite admis au Scolasticat des Missionnaires
d'Afrique (Pères Blancs) en Belgique avec l'intention d'entrer dans la
société. Ce projet est abandonné quand, en 1962, il décide de rentrer au
pays natal.
Il est alors ordonné prêtre dans l'archidiocèse de Gitega le 8
juillet 1963. Après, il sert l'église en qualité de vicaire
paroissial et aumônier de l'Ecole Moyenne Pédagogique de Rusengo. Il
fonde le Centre Culturel du Buyogoma pour la promotion de l' élite
(1963-1964). Entre 1964 et 1965 il suit une formation à l'Ecole Missionnaire pour l'Action Catholique et
l'Action Sociale à Lille-France et s'occupe de l'animation des Mouvements
d'Action Catholique et Coopérative jusqu'en 1967. Il est recteur du Petit
Séminaire de Mugera jusqu'en juillet 1970.
Il travaille aussi comme économe général de Muyinga pour
redresser la situation financière du jeune diocèse,--tâche dont il
s'acquitte avec brio non sans susciter des jalousies. Il lance notamment un
système d'organisation financière du diocèse axé sur l'exploitation des
biens paroissiaux pour l'autofinancement des paroisses et du diocèse
lui-même. Ce système est apprécié au point d'être adopté par
différents diocèses comme forme commune d'organisation économique. Il
promeut un organe d'animation et de concertation aujourd'hui connu sous le
nom de l'Union du Clergé Incardiné.
Son charisme va au-delà du domaine
matériel et de la simple gestion financière. En effet, en 1965, à Gitega, il
lance une initiative d'ordre spirituel: la formation de jeunes filles
burundaises à une vie religieuse solidaire de la condition des masses
paysannes pour lesquelles il avait un amour de prédilection.
Une personnalité hors du commun
Tous ceux qui l'ont côtoyé sans préjugés
s'accordent pour dire que c'était une personnalité fascinante et
charismatique qui brillait par la droiture du coeur et le courage de la
vérité. Il a choisi de marquer son passage dans l'histoire en prophète de
l'humain résistant, au nom de l'Evangile du Christ, à tout ce qui
offense la dignité humaine et luttant pour tout ce qui concourt à son
épanouissement. "Il avait un grand coeur animé d'une foi simple et
intelligente."[1]
Ceux qui l'ont connu aiment à rappeler que ce prêtre
nourrissait une bonté profonde assortie d'un grand sens critique aussi bien
à l'égard de lui-même que des autres. Il a su prêcher l'amour par l'exemple
sans jamais le dissocier de son corollaire, qu'est la justice.
Sa pensée
Ses idées sont, en partie, exprimées dans deux livres
imprimés aux presses Lavigerie de Bujumbura: Entre Deux Mondes (1970) et Sur
les Traces de Mon Père (1971). Dans ces oeuvres, il dénonce la situation
socio-économique et politique dont son pays et, d'une façon passionnée, il
invite la jeune génération, dont il fait lui-même partie, à retourner
aux sources de l'humanisme de ses pères.
On écrit de lui:
Dans sa poésie, l'Abbé
Michel s'en prend à une "foi" qui ne s'épanouit pas en fraternité et
solidarité; une foi qui ne change rien aux préjugés raciaux et tribaux; une
religiosité qui n'arrive pas à abattre les murs de la division et de peurs
réciproques, de méfiance et de haine.[2]
Voici un extrait qui résume
sa pensée:
Après la colonisation,
Allions-nous en subir une
autre?
Une autre plus terrible
La colonisation par les bassesses
Que chaque jour incarnent la paresse et l'orgueil
Poids qui pèsent sur le coeur de l'homme
Et l'empêchent de grandir
La lutte de libération se change en lutte des frères
Qui s'entre-déchirent.
Quand j'entendais prôner une marche vers l'unité
J'en éprouvais une réelle joie
Un même peuple
Un coeur
Une humanité
C'est beau quand l'homme y prête attention et s'y soumet
C'est beau de voir tout ce qui rapproche les hommes.
Où est l'homme qui doit se savoir petit et grand?
Où est l'homme qui devient plus homme en prenant à son compte le respect?
Où est l'homme qui s'approche de l'infini
En regardant d'un regard humain tout semblable
Qu'il approche?
Je vois la religiosité
Je vois la charité superficielle
Je vois la charité à moitié
Je vois la charité-aumône
Une charité qui a peur
D'attaquer de front les causes réelles du sous-développement
J'appelle religiosité ta religion Simon,
Ta religion du dimanche
Ta religion du signe de croix
Ta religion d'homme de sept ans.
Le reste de la semaine
Ferment vieilli
Moteur grinçant
Sans huile renouvelé.[3]
Il a été tué
alors qu'il se préparait à parler encore plus clairement à son peuple en
publiant un troisième livre en Kirundi.
Témoignages
Il fut
arrêté durant la nuit du 13 mai 1972 à Gitega. Un étudiant protestant qui
échappa de la prison le jour du massacre, raconte: "Lorsque l'abbé Kayoya
arriva à la prison, il parvint à nous faire chanter. 'Nous allons à la
maison de notre Père,' avait-il l'habitude de nous dire."[4] Un témoin
affirme: "Avant l'exécution, l'abbé Kayoya chanta le Magnificat et dit des
paroles de pardon à l'égard de ceux qui allaient le tuer. Les soldats qui
le fusillèrent pleuraient."[5]
Marc Nsanzurwimo, M.Afr.
Notes:
1. Contran et Kadjemenje, p. 30.
2. Ibid., p.28.
3. Kayoya, Sur les Traces de Mon Père, cité dans
Contran et Kagjemenje, pp. 28-29.
4. Contran et
Kadjemenje, p. 31.
5. Ibid., p. 31.
Bibliographie:
M. Kayoya, Entre
Deux Mondes (Bujumbura: Presses Lavigerie, 1970).
M. Kayoya, Sur les Traces
de Mon Père (Bujumbura: Presses Lavigerie, 1971).
N. Contran et G.
Kadjemenje, Cibles: 235 Prêtres Africains Tués (Kinshasa: Afriquespoir,
2002).
Cet article, reçu en 2004, est le produit des recherches du Père Marc Nsanzurwimo, M.Afr., étudiant sous la direction du Père Francis Oborji. Ce dernier est professeur à la Facoltà di Missiologia, Pontificia Università Urbaniana à Rome, secrétaire général de l'Association Internationale des Missiologues Catholiques (International Association of Catholic Missiologists--IACM), et membre du conseil consultatif du DIBICA.
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