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Paul Camboué est né le 22 avril 1849 à Mont-de-Marsan. Il fait ses études à Bordeaux, au collège des jésuites de Tivoli. A seize ans il obtient le baccalauréat ès sciences. Trois ans plus tard, il obtient sa licence de droit et prête serment comme avocat à la cour d'appel de Paris. Il fait la guerre de 1870 en qualité de lieutenant. En octobre 1872, il frappe à la porte du noviciat des jésuites de Toulouse et dix ans plus tard, le 10 novembre 1882, il arrive à Madagascar. Il consacre les quarante-sept ans de sa vie à ce pays. Même les quelques années qu'il passe à Paris vers la fin du siècle précédent sont au service de la Grande Ile, soit en tant que procureur de la mission catholique de Tananarive, soit comme titulaire d'une chaire de malgache à l'Institut catholique de Paris.
Le P. Camboué a laissé de nombreux écrits, de caractères divers. Le missionnaire de brousse, qui a surtout travaillé dans l'ouest de la capitale: Arivonimamo, Ambohibeloma, entretient ses correspondants de ses soucis. Bien de ses lettres ont été publiées dans les revues missionnaires de l'époque. L'étude du pays l'intéresse également: mœurs, coutumes, art malgache. Mais ce qui l'a surtout rendu célèbre, ce sont ses travaux de sciences naturelles, principalement sur les invertébrés.
Le 12 novembre 1903, il devient membre associé de l'Académie malgache et le 29 juin 1927 membre titulaire. Il fut également membre correspondant de l'Académie des sciences de Paris. Plusieurs prix vinrent couronner son œuvre scientifique: en 1870 le prix Savigny, un peu plus tard le prix Duseigneur-Kléber de la chambre de commerce de Lyon et le 22 décembre 1924, le prix Saintour de l'Académie des Sciences.
Rien ne peut mieux donner une idée de ses travaux scientifiques que le rapport d'Alfred Grandidier à l'Académie des sciences, en vue du prix Savigny. En voici un extrait:
Le R. P. Camboué, missionnaire à Madagascar, depuis huit ans, s'occupe avec zèle de l'étude des animaux invertébrés de cette grande île, étude à laquelle il consacre tout le temps que ses occupations confessionnelles lui laissent libre. Il a eu la bonne idée d'entreprendre la fondation d'un musée d'histoire naturelle à Tananarive, musée naturellement encore bien modeste, mais qui n'en est pas moins appelé à rendre des services à la science.
Les rapports de M. Bouvier pour le prix Saintour et de M. Dusuzeau pour le prix Duseigneur-Kléber, soulignent en outre le caractère pratique des recherches du P. Camboué. M. Roland Legendre dans une note du Bulletin de l'Académie malgache de 1967 ne craint pas de lui donner le titre de premier arachnologue de Madagascar.
Le P. Camboué a publié des études intéressantes sur les acridiens et sur les bombyciens sérigènes de Madagascar, ainsi que sur les araignées utiles et nuisibles. Il a découvert un grand nombre d'espèces nouvelles dans les divers ordres de la classe des insectes.
La faune des fourmis de Madagascar, dont on connait aujourd'hui plus de cent espèces ou races, est particulièrement intéressante; Le P. Camboué a fait une collection importante de ces insectes sous leurs divers états, collection qui jette un jour nouveau sur la géographie myrmécologique.
Parmi les nombreux hyménoptères qu'il a envoyés, plusieurs sont remarquables et révèlent l'existence à Madagascar de familles qui n'y avaient pas encore été signalées.
Sa collection de coléoptères, où chaque insecte a son nom indigène, présente un intérêt tout spécial pour les entomologistes.
Nous lui devons aussi, en outre de plusieurs papillons nouveaux, la description de la chenille et de la chrysalide du magnifique urania ripheus, sur les affinités duquel cette découverte permet enfin de se prononcer en connaissance de cause.
Les études du R. P. Camboué ne sont pas du reste limitées aux animaux invertébrés. Il a découvert plusieurs plantes nouvelles, et ses études sur la vigne malgache ont un intérêt réel. En somme, les efforts du P. Camboué sont dignes d'éloges et d'encouragements…
Les écrits du genre ethnologiques ne manquent pas non plus d'intérêts et particulièrement celui qui attire l'attention sur l'art sculptural malgache.
J. L. Peter s.j.
Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.