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Probablement né en Libye, ce personnage controversé dans l'église a été nommé diacre par le patriarche Pierre I. Plus tard, il a fallu que Pierre excommunie Arius, car il s'était attaché à l'église séparatiste des Mélitiens. Le successeur de Pierre, Achille (311-312), a ordonné Arius presbytère et lui a confié une des églises principales de la ville, Baucalis. C'est là qu'Arius a attiré l'attention par ses talents rhétoriques et son enseignement pragmatique, ainsi que par son ascétisme et son dynamisme pastoral.
Vers l'an 318, sous le successeur d' Achille, Alexandre I, les idées novatrices d'Arius ont commencé à se répandre de plus en plus ; au début, dans une réunion des presbytères Alexandrins au palais du patriarche, et ensuite par la prédication dans sa propre église, une nouvelle direction par rapport aux normes traditionnelles du pastorat Alexandrin orthodoxe. A Alexandrie, il y avait une institution qui s'appelait le Didaskaleion, un centre culturel chrétien qui offrait une éducation ecclésiastique à un petit groupe d'érudits, une sorte d'élite intellectuelle. On y présentait certains éléments de pensée hellénistique avec des enseignements chrétiens, une confusion qui était plus ou moins tolérée. Il ne faut pas oublier que l'église d'Alexandrie a grandi dans une ambiance de philosophie grecque, et que son développement était, par conséquent, ouvert à l'influence grecque. Dans ces conditions, la pensée théologique chrétienne était en train d'être élaborée, et cela portait certains risques.
Arius a trouvé sa place à ce point critique du développement de la pensée chrétienne. Dans sa prédication, il enseignait une sorte du SUBORDINATIONISME par rapport au Christ, la deuxième personne de la trinité, en maintenant l'unité de Dieu. Il combattait les hérésies du jour, y compris le SABELLIANISME, mais il a fini par devenir victime de sa propre logique, qui était plus philosophique que théologique.
Se trouvant en difficulté avec la hiérarchie de l'église à Alexandrie, Arius a cherché un soutien dans la polémique anti-Alexandrine, qui par la suite a été connue comme l'école d'Antioche, représentée à l'époque par LUCINIUS D'ANTIOCHE, qui était soupçonné d'hérésie. Parmi les disciples de Lucien (les Collucianistes), le plus actif et intéressant était Eusèbe de Nicomédie, une personne très curieuse dont les intentions n'étaient pas purement religieuses. La situation s'est aggravée au point où, en 320, il a fallu qu'Alexandre I convoque un concile à Alexandrie pour excommunier Arius (ce qui a été fait par le synode en 321). La polémique est devenue de plus en plus amère. Les chrétiens d'Alexandrie étaient divisés entre Arius, qui était très respecté pour son ascétisme et son enseignement pragmatique, et la hiérarchie de l'église.
Peu après son arrivée dans l'est en 324, l'empereur CONSTANTIN I, qui voulait la paix et l'unité dans son empire, a envoyé l'évêque Ossius de Cordoue à Alexandrie pour voir s'il pouvait trouver un compromis privé entre Arius et Alexandre. La mission était vouée à l'échec. L'empereur, qui avait un intérêt plus politique que doctrinal, a décidé, sûrement grâce au conseil d'Ossius, de convoquer un concile œcuménique pour régler ce différend et tous les autres conflits ecclésiastiques qui menaçaient la paix de son empire. On a d'abord choisi Ancyre (Ankara) pour la réunion, mais pour des raisons pratiques, c'est plutôt la ville de NICEE (près d'Iznik, en Turquie) qui a été choisie pour les réunions du conseil. Vers le début de l'été, en l'an 325, sous l'influence du diacre fougueux ATHANASE, qui accompagnait Alexandre I, Arius a été condamné, banni d'Alexandrie, et envoyé dans l'Illyrie. Par la suite, son ami Eusèbe, évêque de Nicomédie, a exercé son influence à la cour impériale pour faire rappeler Arius de son exil (vers 334). Arius est rentré à Alexandrie, où Athanase avait succédé au trône de saint MARC. Athanase a refusé de l'accepter, et il a fallu qu'Arius reparte. Il est mort soudainement (peut-être empoisonné) à Constantinoble en 336.
Arius était plus orateur éloquent qu'auteur. Apparemment, il a écrit très peu, et il en reste encore moins, surtout des citations et des paraphrases dans les écrits de ceux qui étaient contre lui. Il a répandu ses doctrines surtout par moyen de chansons populaires qui s'appelaient Thaleia (banquet), et il n'en reste que quelques fragments. De sa correspondance, il reste une lettre dans laquelle il demande le soutien d'EUSEBE DE CAESAREE. Une autre lettre, à l'évêque Alexandre, comprend sa profession de foi. Vers la fin de l'an 327, une dernière lettre a été soumise à l'empereur Constantin ; dans celle-ci, il écrit un credo par lequel il avait l'intention de prouver son orthodoxie.
Est-ce qu'Arius était un hérétique ? Sans entrer dans les détails de son enseignement, on peut dire qu'il représente un moment critique de l'héritage culturel d'Alexandrie et d'autres régions, et que son esprit perspicace et logique, à la fois philosophique et polémique, a fait de lui un "cas typique" dans l'histoire du modernisme théologique. Arius, en fait, était adhérent de la méthode exégétique littérale de l'école d'Antioche; il avait même été à Antioche pour finir son éducation. La dialectique avancée de son esprit logique l'a poussé à considérer que le Christ était subordonné au Père (avec, en soutien, des textes bibliques et la philologie, ainsi que la logique et la philosophie), un point de vue qui avait pour objectif de préserver l'unité de Dieu de manière rationnelle. Ce point de vue était déjà présent dans l'école d'Alexandrie au troisième siècle. Par exemple, ORIGENE a parlé d'un deuteras theos (deuxième Dieu) par référence au Christ. Arius, donc, n'a fait que pousser à l'extrême certains éléments dialectiques qui étaient déjà présents dans les spéculations d'Alexandrie. Il aurait dû se limiter aux recherches privées. Parler de tout cela à une grande foule qui n'était pas parmi les "initiés," ce n'était pas un acte pastoral, et il a fallu que le pape d'Alexandrie intervienne, dans sa qualité de berger du troupeau. La polémique d'Athanase (malgré le fait qu'elle n'est pas toujours objective) a saisi le danger pastoral de ses spéculations. Par la suite, la tradition a fait d'Arius l'hérétique par excellence.
Du point de vue du développement de la pensée Alexandrinienne et de l'histoire de la théologie (de caractère philosophique grec), le cas d'Arius révèle un esprit agité et actif à la recherche de nouvelles interprétations "rationnelles," un esprit qui s'intéresse plus à la rationalité philosophique qu'à l'orthodoxie traditionnelle. Origène avait des idées subordinationistes, mais dans un contexte profondément ancré à la tradition ecclésiastique (il était philosophe malgré lui). Arius a brûlé tous les ponts, et malgré le fait qu'il proclamait son orthodoxie, il n'a jamais réussi à trouver une union harmonieuse entre la philosophie grecque et la tradition ecclésiastique (il était théologien malgré lui).
Pour mettre au clair le cas d'Arius, voici, en bref, les positions fondamentales : Dans l'orthodoxie Alexandrinienne, le Logos, qui s'identifie au Christ, n'est pas l'œuvre d'une décision ni d'un acte de la volonté divine, comme quand il s'agit d'êtres créés. Le Logos de Dieu est l'expression de l'Etre éternel de Dieu, et existe en Dieu par nature, depuis toute l'éternité. Selon la spéculation d'Arius, le Logos, ou le Fils, est l'œuvre d'une décision, et il existe par un acte de la volonté divine. Arius fait une association entre la génération et la création (rationnellement et philosophiquement). Si le Logos, ou le Fils, est l'œuvre d'un acte de la volonté divine, alors, en effet, avant qu'il n'ait été engendré ou crée, il y a eu un temps quand il n'existait pas. Il a donc un rapport à l'ordre créé : "Au commencement était le Logos, et le Logos était avec Dieu... " Jean 1 v 1 et suivants.
Martiniano P. Roncaglia
Note : Le DIBICA emploie le système de translittération de L'Encyclopédie de l'Islam (2ème éd.), omettant les signes diacritiques sur le kha, dtaa, saad, et daad.Cet article a été réimprimé, avec permission, de The Coptic Encyclopedia, vol. 1, copyright © 1991 par Macmillan, New York, U.S.A., édité par Aziz S. Atiya. Tous droits réservés.